Suite à la découverte de plusieurs données surprenantes / contestables dans le document publié par VERRA sur le projet de compensation carbone de la société JTF Tozzi Green dans la région Ihorombe – qui y porte le nom de SATROKALA ARR Grouped Project – , les 6 organisations de la société civile malagasy qui soutiennent en permanence les communautés locales des 3 communes impactées,
– ont écrit une lettre à VERRA ainsi qu’aux banques BIO et Finnfund le 19 décembre 2025,
– en leur demandant de répondre avant le 31 janvier 2026.
* Les deux banques ont répondu les 26 et 29 janvier 2026.
* Des organisations européennes travaillant sur la compensation carbone ont publié la lettre des OSC malagasy avec des commentaires et des informations complémentaires, telle que
https://reddmonitor.substack.com/p/six-malagasy-civil-society-organisataions
* VERRA a répondu le 6 février 2026 qu’il n’appartient pas à cette structure de répondre à ces questions mais que si Verra transmet notre lettre au promoteur du projet en tant que commentaire reçu en dehors de la période de consultation publique, cela permettra de garantir qu’elle sera prise en compte dans le cadre du processus officiel d’audit et d’examen du programme VCS.
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Organisations de la société civile malgache
à l’attention de la société VERRA, de la banque BIO et de la banque FINNFUND
Objet : Demande de clarification concernant le projet de crédit carbone « SATROKALA ARR Grouped Project » de la société JTF Tozzi Green dans la région d’Ihorombe – Madagascar.
Madame, Monsieur,
C’est avec une profonde préoccupation que nous avons récemment appris par nos partenaires internationaux travaillant sur les crédits carbone, l’avancement du processus de certification pour le crédit carbone du projet SATROKALA ARR Grouped Project.
Nous souhaitons par conséquent vous adresser trois séries de questions.
1. Contexte et existence de conflits
Comme déjà mentionné dans divers documents (1) (2), la majorité de la population n’a jamais consenti à louer des terres à Tozzi Green dans la région Ihorombe depuis 2012, mais elle a été contrainte par les autorités. La majorité des habitants, éleveurs et agriculteurs, continuent d’exiger
* que l’entreprise quitte les terres qu’elle occupe actuellement,
* que l’État ne lui attribue pas de terres supplémentaires à louer ou à vendre,
* et que l’extension prévue jusqu’à 6 000 hectares des plantations d’arbres, qui couvrent actuellement 4.000 hectares soit stoppée.
Savez-vous qu’une grande partie de cette zone est constituée par des aires de pâturage du bétail de la communauté Bara, héritées de leurs ancêtres, depuis des générations ? Il est important de noter que la culture et les coutumes de ces communautés Bara sont intimement liées à l’élevage bovin, ce qui confère à cette terre une grande valeur historique, culturelle et sociale.
La société Tozzi Green vous a-t-elle informé de ces conflits au cours de vos échanges ?
En raison de l’accaparement des terres et du non-respect des droits des communautés locales, nous avons notamment entrepris une action auprès de l’OCDE (3)
2. Régularité des procédures et responsabilité des parties prenantes
Nous avons écrit au gouvernement italien et à la banque BIO en mai 2024, signalant que l’entreprise n’avait pas invité des organisations importantes de la commune d’Ambatolahy à participer à la consultation (4).
Au cours d’une réunion avec les raiamandreny (Anciens) le 13 mai 2024 dans la salle de réunion de la mairie d’Ambatolahy, tous les intervenants ont
confirmé que les habitants étaient opposés au projet de plantation d’arbres pour diverses raisons, la principale étant l’accroissement de l’insécurité.
Notre deuxième série de questions sera donc :
* Si vous êtes bien informé de ce projet, avez-vous contrôlé la régularité des procédures ?
* qui parmi les habitants d’Ambatolahy ont approuvé, le projet de plantation d’arbres permettant ainsi à l’entreprise d’obtenir un permis environnemental ? et quand ?
* Pensez-vous, que le groupe minoritaire connu pour avoir accepté de céder des terres à l’entreprise pour diverses raisons (pression, peur, etc …), invité aux réunions à Satrokala, corresponde aux communautés locales à consulter afin de vérifier les bonnes relations de la société avec les populations impactées, selon le code de bonne conduite de vos institutions respectives,
* lorsque vous vérifiez ce point avant de financer ou d’évaluer une entreprise dans le cadre des crédits-carbone ?
* Pensez vous que votre role en tant que financeurs publiques de Tozzi Green ne soit pas aussi de contrôler la manière dont les terres qui étaient le point central du projet que vous avez financé sont utilisées ?
* Ne pensez vous pas nécessaire de réaliser une nouvelle consultation pour obtenir le consentement de la population concernant la transformation d’un projet agricole en projet de crédit carbone ?
* Avez vous demandé à Tozzi Green de vous présenter les procédures réalisées ?
3. Modalités de la dernière enquête-évaluation
Notre troisième série d’interrogations est relative à l’enquête de décembre 2025.
Certains habitants ont été informés par écrit de la réalisation prochaine d’une enquête d’évaluation.
Nous voudrions demander
* Etes vous au courant ?
* Quels étaient les critères de sélection des personnes invitées/enquêtées ?
* Une seule commune est-elle concernée par cette enquête alors que les plantations d’arbres s’étendent sur trois communes ?
* Il semblerait qu’aucune enquête n’ait été menée dans les communes d’Andiolava et d’Ambatolahy ?
Nous, organisations de la société civile malgache, BIMTT, Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY, Fiantso, Comité de Défense des Terres Tampon’Ihorombe, Comité National pour l’Agriculture Familiale, Solidarité des Intervenants sur le Foncier (SIF), qui soutenons, depuis plus d’une décennie, les communautés locales de la région d’Ihorombe dont les terres sont accaparées, face aux agissements de la société JTF Tozzi Green, espérons recevoir une réponse de votre part avant le 31 janvier 2026 et vous adressons nos salutations respectueuses
19 décembre 2025
Les organisations signataires :
BIMTT
Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY,
Comité de Défense des Terres Tampon’Ihorombe,
Comité National pour l’Agriculture Familiale,
ONG Fiantso,
Solidarité des Intervenants sur le Foncier (SIF)
Références :
(1) Accaparement de terres à Madagascar – Echos et témoignages 2013
(2) Entraide et Fraternité, La Belgique, complice d’accaparement de terres
(3) Communiqué : Des ONGs envoient une plainte à l’OCDE
(4) Lettre au gouvernement italien