De nombreux projets à Madagascar, sont destinés à capter le dioxyde de carbone CO² et à générer des crédits carbone. Ils peuvent être classés en deux catégories :
– les projets REDD+, REDD étant l’acronyme de « Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts », d’une part,
– et les projets de boisement – reboisement sur des « terrains privés » d’autre part.
En décembre 2023, la Banque Mondiale a versé 8,8 millions de dollars, au titre de revenus carbone liés aux résultats de la réduction de carbone du Programme de Réduction des Emissions Atiala Atsinanana (Forêt de l’Est) (1). 119 communautés locales impliquées par ce projet devaient recevoir une part de cette somme. Cependant, les investigations menées par une journaliste de Malina dans la région Alaotra Mangoro ont montré qu’en 2026 de nombreuses communes n’avaient toujours pas reçu leur part. Dans une commune concernée du district de Maroantsetra, les habitants ont manifesté car le Maire aurait perçu leur part mais ne les avait pas informés de leur utilisation.
Le retard considérable et les défaillances graves dans la distribution des bénéfices destinés aux communautés ont fini par alerter l’opinion publique et intéresser divers organes de presse nationaux et internationaux. Des responsables au niveau national ont dû s’expliquer et ont dit que ces retards étaient dus essentiellement à l‘ampleur géographique des aires protégées, à la difficulté d’accès à certaines zones et à la lourdeur administrative (2).
Les discussions dans ce cadre ont donné l’opportunité de mieux connaître le mode de répartition des bénéfices léonin des bénéfices des crédits-carbone
La répartition des bénéfices-carbone
Elle se fait de la manière suivante, selon le décret n°2025-626 en vigueur actuellement :
– « Pour les activités REDD+ (Art. 68), 78% pour financer les activités de terrain ; 10% sont alloués au profit du Budget Général de l’Etat ; 5% alloués au fonctionnement des différentes structures de coordination de la REDD+ et 7% alloués à l’opérationnalisation du dispositif de gouvernance.
– Pour les activités de boisement et reboisement sur les terrains privés, (Art. 69) : 85% pour financer les activités de terrain, 8% alloués au profit du Budget Général de l’État ; 7% alloués à l’opérationnalisation du dispositif de gouvernance. » (3)
Le pourcentage des bénéfices alloués à « l’opérationnalisation du dispositif de gouvernance », qui désigne les communautés, est vraiment bas. Ce partage des bénéfices complètement léonin à l’avantage des ONG de conservation et des promoteurs privés, – au détriment de l’Etat malagasy et des communautés locales – constitue l’un des scandales qui est en train de contribuer à l’aggravation de la pauvreté des populations affectées par les projets REDD+ et les projets de plantations d’arbres à Madagascar.
La répartition des bénéfices prévue dans le décret devrait être revue, car elle réserve la part belle aux promoteurs, l’Etat Malagasy et les communautés locales étant les parents très pauvres.
L’ex Ministre de l’Environnement et du Développement Durable Max Fontaine en conflit d’intérêts
L’article paru le 4 août 2026 dans le média italien Il Giornale intitulé “A Madagascar, une forêt capable de capturer des tonnes de CO2 prend de l’ampleur” évoque le lancement de la deuxième phase du projet mené par Neya, une société du groupe Mundys, dont l’objectif est de quadrupler les plantations de mangroves en passant de 500 ha dans les régions de Sofia et Melaky au cours de la première phase de 2025 à 2.400 ha vers le Nord de Madagascar (4).
La publication met en exergue le fait que les mangroves sont “considérées comme l’un des écosystèmes les plus efficaces pour capter et stocker le carbone” (4). Elles génèreraient beaucoup plus de crédit-carbone que les plantations d’arbres tropicaux habituelles. Le caractère insulaire du pays et sa biodiversité très riche attire la convoitise des entreprises privées du monde sur les mangroves, aggravant leur accaparement par de nouveaux acteurs comme le groupe Mundys. Serait-ce une nouvelle forme du colonialisme ?
La branche malagasy du holding Mundys est la société Bôndy, dont le “défi” consiste à “protéger et restaurer la biodiversité unique de Madagascar” (5).
Le fondateur de la société Bondy est M. Max Andoniaina Fontaine, qui était devenu Ministre de l’Environnement et du Développement Durable. Quel conflit d’intérêts manifestes !
Le gouvernement actuel ne devrait-il pas examiner très rapidement le type de contrat qui lie l’Etat malagasy à la société Bondy de M. Max Andoniaina Fontaine, ainsi que toutes les décisions prises pendant son mandat.
Selon la législation malagasy, les zones de mangroves font partie du domaine public de l’Etat, qui ne peut être ni privatisé, ni loué à des particuliers. La nature de la transaction foncière sur laquelle repose le projet fait donc partie des questions cruciales qui devraient être clarifiées immédiatement,
Le Ministre de l’Environnement et du Développement Durable de Madagascar M. Max Andoniaina Fontaine de janvier 2024 à septembre 2025 est le co-fondateur de la société Bôndy (6), Et lorsque dans cet article du 4 août 2026 d’Il Giornalio, l’on apprend que le président de Mundys, Alessandro Benetton, a déclaré “Avec Neya, chez Mundys, nous nous consacrons au développement de projets innovants pour la séquestration du carbone et l’atténuation du changement climatique” (4), faire une hypothèse sur la compromission qui a facilité et permis la transaction sur les mangroves par l’Etat devient inévitable.
M Andoniaina Max Fontaine, le Ministre de l’Environnement sous le régime de Andry Rajoelina, réputé pour être le fondateur de la start-up Bôndy est en fait, co-fondateur, et le Directeur de Bondy International est Gabriel Tasso. Alessandro Benetton, président du holding Edizione, détient 57% du groupe Mundys (7). Mundys détient Neya qui entreprend le projet Ma Honko, dénomination du projet de « restauration des mangroves… et capture de carbone » (8) implémenté par la société Bôndy.
Mais qui sont derrière Bondy SA ?
Quelle transaction foncière, quelle durée de contrat, s’il en existe un, quel pourcentage de répartition des bénéfices entre les communautés, l’Etat et le projet Ma Honko ?
En 2021, suite à des conflits avec les ONG de conservation qui ne donnaient qu’une infime partie des crédits carbone à l’Etat malgache, le ministère de l’environnement et du développement durable a mis en place le décret n° 2021-1113 du 20 octobre 2021 fixant le cadre juridique pour réguler l’accès au marché du carbone forestier à Madagascar. Ce décret qui définissait les règles, les normes et les procédures de gestion des réductions d’émissions liées aux forêts dans le cadre de la REDD+ (9) avait statué que seul l’État malgache pouvait vendre des crédits-carbone .
En tant que Ministre de l’Environnement et du Développement Durable de 2024 à 2025, M Andoniaina Max Fontaine, très puissant en raison de sa proximité avec les hauts dirigeants de l’époque, a été aux commandes de la conception et des décisions relatives au décret 2025-26. Celui-ci a « élargi les droits d’accès au marché du carbone forestier. […] Désormais, toute personne physique ou morale, nationale ou étrangère, peut, sous certaines conditions, générer des réductions d’émissions, en revendiquer la propriété et les commercialiser. » (10)
Dans toutes ces actions, a-t-il été une marionnette efficace travaillant pour l’intérêt de divers oligarques internationaux ? En effet, outre le milliardaire italien M Benetton, les actionnaires de la compagnie Sumitomo, basée à Singapour, ex-associé dans la compagnie minière d’exploitation de nickel et cobalt Ambatovy, s’avèrent également faire partie des puissances financières soutenant Bôndy (11) dans l’exploitation de la biodiversité de Madagascar sous prétexte d’atténuation climatique et d’amélioration des conditions de vie des communautés.
Conclusion
L’alternance et l’aggravation des conditions climatiques extrêmes, canicule, sécheresse, inondations, vécues dans le monde actuellement prouvent que la multiplication des projets de crédit-carbone dans les pays en développement, dont tirent un maximum de profits les promoteurs et entreprises des pays riches, n’atténuent pas du tout le dérèglement climatique. En revanche, leurs impacts négatifs à Madagascar, comme sur plusieurs continents, illustrent parfaitement l’intitulé d’un atelier qui s’est tenu au Forum Social Mondial 2026 de Cotonou, au Bénin, début août, intitulé « Le marché carbone constitue la nouvelle plus grande menace sur les terres agricoles et la souveraineté alimentaire ».
Une prochaine publication approfondira le sujet sous un autre angle.
14 août 2026
Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY
patrimoine.malagasy@gmail.com, https://terresmalgaches.info, Facebook : TANYterresmalgaches,
X ex-Twitter@CollectifTany ; Instagram : collectif tany
Références
https://reddmonitor.substack.com/p/the-world-banks-atiala-atsinanana
(5) https://www.bondy.earth/expertise
(6) https://www.bondy.earth/blog/lorem-ipsum-dolor-sit-amet
https://www.edizione.com/en/investments/our-portfolio/industrial-companies/mundys
(9) https://www.environnement.mg/wp-content/uploads/2024/07/1.DECRET_DRMCF_2021_1113.pdf
(11) https://www.sumitomocorp.com/en/easia/news/topics/2025/group/20250401_2