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Newsletter n° 42

publié par Admin, le samedi 25 avril 2015

Deux représentants de la société civile malgache à l’assemblée générale des actionnaires de Rio Tinto à Londres

Tous les ans, l’ONG London Mining Network et le réseau IndustriALL Global Union des syndicats de Rio Tinto invitent des organisations et syndicats de différents pays où travaille cette puissante multinationale à participer aux réunions et manifestations pré-assemblée générale (1). Au cours de l’Assemblée Générale, après les discours officiels, un temps de parole est accordé aux actionnaires. Les représentants des ONG et syndicats, qui viennent là à la place d’actionnaires qui n’ont pas pu se déplacer, ont aussi l’opportunité de demander la parole pour porter à la connaissance des actionnaires et du Comité de direction international de Rio Tinto les problèmes brûlants qu’ils rencontrent et face auxquels les responsables des filiales locales jouent aux « sourd-muet-aveugle ».

Cette année, le Secrétaire Général de l’USRA-FISEMA, l’Union Syndicale de la Région Anosy membre de la Fédération des Syndicats de Madagascar, ainsi que la présidente du Collectif TANY ont figuré parmi les invités.

Questions du Collectif TANY sur le décès accidentel d’un travailleur sur le site de QMM.

Au début du mois d’avril, nous avons été stupéfaits de découvrir sur le site d’IndustriALL qu’un travailleur d’une équipe de nuit qui actionnait un excavateur près d’un bassin de résidus dans l’entreprise QIT Madagascar Minerals (QMM) de Rio Tinto est mort le 28 janvier quand son excavateur s’est renversé dans le bassin de résidus […]. (2)

Le Collectif TANY s’est posé des questions sur les raisons de l’absence de diffusion de cette information dans les medias malgaches. Est-ce dû à l’insuffisance de transparence de la part de QMM pour soigner son image ? Ou toutes les institutions et structures à Fort-Dauphin sont-elles devenues tellement dépendantes financièrement et matériellement de QMM que personne n’ose parler d’un évènement grave qui risque de remettre en cause la réputation de cette société, même quand il y a mort d’homme ?

Dans son discours pendant l’assemblée générale du 16 avril 2015, le Directeur Général - CEO - Sam Walsch a cité Madagascar parmi les pays où un accident mortel est survenu. La présidente du Collectif TANY a remercié le Président et le Directeur Général d’avoir montré qu’ils étaient informés de cet accident mortel sur le site minier de QMM et a demandé si la société pouvait partager les résultats de ses investigations.

Les réponses des hauts dirigeants de Rio Tinto à propos de l’accident

Jan du Plessis, le Président, dit que Rio Tinto a été choqué en apprenant ce qui s’était passé et prenait les accidents mortels très au sérieux. Sam Walsh, le Directeur Général, a répondu qu’il y a eu un glissement de terrain au bord du bassin de résidus à cause de la manière dont le bord avait été construit et de la nature spéciale du bassin. […]. Pourquoi l’équipement fonctionnait pendant la nuit ? Parce que l’opération nécessitait un travail de 24 heures sur 24, pour que la société soit sure de pouvoir continuer à déposer des déchets dans le bassin. Pourquoi le travailleur ne portait-il pas le gilet de sauvetage exigé pour tout travail près d’un plan d’eau ? Ils ne savent pas encore pourquoi. Et ce n’était pas la première fois. Il a fallu 17 heures pour trouver le travailleur car le bassin a dû être vidé pour retrouver l’excavateur puis le travailleur. QMM, dit-il, a l’un des meilleurs scores au sein de Rio Tinto dans la fréquence peu élevée d’accidents.

Des zones d’ombre persistent

Selon le Directeur Général, ce sont les caractéristiques techniques de ce bassin de résidus qui sont à remettre en cause. Plus de transparence de la part des responsables de QMM est vraiment requise pour que les nombreux techniciens malgaches et non-malgaches puissent évaluer la dangerosité de ce bassin et s’exprimer sur le sujet.

Par ailleurs, le phénomène physique à l’origine de la chute de l’excavateur dans le bassin était-il un glissement de terrain comme décrit dans la réponse aux questions ou un affaissement de terrain comme il a été dit dans le discours ? Selon les experts, les causes de ces deux phénomènes peuvent être différentes. Davantage d’études et de recherches devraient être réalisées, et les résultats dévoilés au grand public avec les mesures prises pour remédier au problème. Le fait que les travailleurs ne portent habituellement pas de gilet est un signe de négligence grave et inacceptable de la part de cette puissante multinationale par rapport à la sécurité des travailleurs et à la prévention des accidents.

Des zones d’ombre persistent donc sur les causes profondes de cet accident. Or tant que des actions adéquates pour éliminer les causes fondamentales du problème et leurs effets ne sont pas prises, des accidents peuvent encore survenir.

« La nature particulière du bassin » évoquée par le Directeur Général de Rio Tinto amène à penser aux conséquences sur l’environnement de ce bassin de résidus. Comment et dans quelle mesure la société QMM prête-t-elle attention à cet aspect vital pour la santé des employés, des riverains et des générations futures ? La conception, le fonctionnement de ce bassin de résidus suivent-ils les normes en vigueur pour une telle exploitation ? Certains composants de l’ilménite étant réputés pour leur radioactivité, le Rapport de Développement durable 2013 de QMM (3) précise qu’il avait été « convenu avec l’organisme régulateur l’acquisition par QMM de matériels additionnels de monitoring de la radiation afin de procéder à un suivi plus performant de l’exposition des employés et contractants ». L’Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN), devait participer à l’analyse des données. Ces matériels additionnels ont-ils été installés ? Les résultats des données du monitoring devraient être accessibles au grand public notamment aux riverains et aux habitants de la région.

Pour un renforcement effectif de la sécurité et de la protection de la santé des habitants

Nombreux sont les paysans qui ont perdu leurs terres, des pêcheurs ont perdu leurs sources de revenus, les riverains ont perdu leur accès aux ressources naturelles suite à l’installation de la société minière QMM et à la construction des infrastructures nécessaires à ses activités (4). Il est primordial de réaliser de manière sérieuse le suivi et l’évaluation de la radiation pour éviter les impacts négatifs de l’extraction minière sur la santé des habitants, s’il n’est pas encore trop tard.

Le Collectif TANY réclame une transparence vis-à-vis de l’opinion publique sur les résultats des investigations concernant l’accident du 28 janvier 2015, sur les nouvelles mesures de sécurité adoptées et sur l’analyse des données du monitoring concernant la radiation.

Paris, le 23 avril 2015

Le Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY
patrimoine.malgache@yahoo.fr
http://terresmalgaches.info
http://facebook.com/TANYterresmalgaches

Références

(1) http://www.industriall-union.org/fr...
http://www.industriall-union.org/fr...

(2) http://www.industriall-union.org/fr...

(3) QIT Madagascar Minerals SA, riotintomadagascar.com, ehoalaport.com, Développement durable. Rapport 2013 dans http://www.riotintomadagascar.com/p...
(consulté le 22 avril 2015)

(4) Témoignages du peuple villageois Antanosy : http://andrewleestrust.org/Reports/...


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