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Newsletter n° 109

publié par Admin 2, le samedi 29 décembre 2018

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Entretien sur TV5 Monde, 26 Décembre 2018 : Les Malgaches ont besoin de leurs terres pour leur souveraineté alimentaire (*)

Nidhya Palliakara - Présidentielles à Madagascar : c’est demain jeudi que les résultats officiels seront proclamés. Andry Rajoelina serait en tête selon les premiers résultats. Son rival, Marc Ravalomanana conteste déjà. Deux ex-chefs d’Etat qui s’affrontent dans les urnes alors qu’il y a dix ans, ils s’affrontaient déjà à propos de l’accaparement des terres agricoles à Madagascar. L’agriculture, un enjeu de taille dans la grande ile où 78% de la population vit en milieu rural. Avec nous pour en parler, la présidente du Collectif pour la Défense de Terres Malgaches – TANY, Mamy Rakotondrainibe, bonjour.

Mamy Rakotondrainibe- Bonjour Madame.

N.P - Votre association, TANY, vous l’avez créée en 2008 pour lutter contre ce fléau de l’accaparement des terres agricoles suite à l’affaire Daewoo Logistics, un contrat signé par Marc Ravalomanana à l’époque. C’est ce qui avait d’ailleurs marqué le début de la crise à Madagascar. En quoi consistait ce projet Daewoo Logistics ?

M.R - Alors le projet Daewoo Logistics, les seuls éléments que l’on connait puisque c’était très opaque ; et en fait les informations que nous détenons nous proviennent d’un échange entre un haut responsable de Daewoo Logistics et un journaliste de Financial Times. Il s’agissait d’un projet de location pendant 99 ans de 1.3 millions hectares de terres situées dans 4 régions de Madagascar afin de cultiver du maïs et de l’huile de palme – palmier à huile – dont toutes les récoltes devaient être exportées en Corée du Sud. Et donc les populations n’ont pas été informées, consultées, etc – on ne leur a pas demandé leur avis.

N.P - Elles ont été expropriées j’imagine ?

M.R - Le projet n’a pas pu être réalisé puisqu’il a été arrêté à temps. En fait il est suspendu et non pas annulé.

N.P - Ce qui avait donc été critiqué à l’époque par le jeune Maire de Tanà, un certain Andry Rajoelina.

M.R - Oui, qui était déjà dans les rues de Tana dans des manifestations contre d’autres éléments de mode de gouvernance du président Ravalomanana.

N.P - C’est ce qui a conduit à la chute de Ravalomanana ?

M.R - Exactement. Et donc pour nous cette affaire Daewoo est une goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui a renversé finalement le gouvernement mais il y avait déjà d’autres problèmes auparavant.

N.P - Donc, depuis, le projet est suspendu jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à nos jours ?

M.R - A notre connaissance, il est suspendu jusqu’à maintenant. Par contre, nous restons très vigilants parce que le gouvernement de Corée du Sud est très actif et montre beaucoup d’intérêts pour Madagascar. Alors qu’en 2013, un journaliste anglais qui était de passage à Séoul nous avait envoyé un article, qu’il avait publié par la suite, disant qu’au sein du ministère des affaires étrangères et du commerce sud-coréen existait une division ‘Madagascar’.

N.P - Cela veut dire que ce projet peut redevenir d’actualité ?

M.R - Exactement. Et pourrait être un sujet d’envergure nationale pour la Corée du Sud et non plus seulement d’une société privée.

N.P - Alors cette affaire d’accaparement des terres a rattrapé les deux candidats à la présidentielle, notamment lors du débat télévisé d’entre-deux tours. Des piques ont été lancées, regardez :

Andry Rajoelina - Les gens pleurent. De nombreuses personnes pleurent et ont dit : ‘Aidez-nous président Rajoelina ! Comment voulez-vous que nous luttions contre le président de la république ?’ C’est en 2004 que ces terrains ont été inscrits au nom de votre société Tiko. Il faut arrêter la prise de terrains des paysans par un président de la république. Ça suffit. Il faut qu’on choisisse : soit on est président de la république, soit on est opérateur économique.

Marc Ravalomanana – Arrêtons d’en parler. Je maintiens que je dis la vérité. Ces terrains sont bien inscrits au service des domaines. (**)

N.P - Quelle est la position aujourd’hui de ces deux candidats ? Andry Rajoelina, par exemple.

M.R - Alors, actuellement, nous n’avons pas pris le temps d’étudier leurs programmes politiques en attendant qui sera élu, d’autant plus que nous, Malgaches de France, nous n’avons pas le droit de vote. Mais le dernier débat qu’ils ont eu tous les deux, celui-ci, montre que premièrement Monsieur Andry Rajoelina ne souhaite pas changer la Constitution, ce qui est une de nos revendications, alors que l’article 1er de la Constitution, qui a été votée au cours de la période de Transition où il était président, dit que les lois désormais prendront des mesures sur la vente des terres [aux étrangers] (1) et leur location, alors que la vente des terres était jusqu’à présent interdite par la loi à Madagascar.

N.P - C’est une loi héritée de la colonisation ?

M.R - Oui, mais la vente des terres [aux étrangers] (1) n’était pas acceptée par la loi. De son côté, Monsieur Ravalomanana, au cours d’une interview par AGENCE ECOFIN (2), a dit que, pour lui, il n’y aura pas d’attribution de terres de grande surface aux investisseurs étrangers sans l’accompagnement, sans l’association de cette société avec des Malgaches et des sociétés malgaches. En fait, ce point-là, cette phrase-là la correspond exactement à la loi 2007-036 article 18 qui autorise la vente de terres aux sociétés étrangères. Donc on se retrouve quasiment pareil, dans la même situation.

N.P - Mais concrètement, pour les populations, qu’est-ce que cela induit cette question d’accaparement des terres ?

M.R - Alors concrètement sur le terrain, les populations victimes de mesures, lorsque l’Etat ou des autorités décident d’attribuer des terres aux investisseurs, sont expulsées quand elles n’ont pas de titres fonciers. Même quand elles ont des titres fonciers ou certificats fonciers, elles peuvent être expropriées puisqu’à Madagascar il existe des lois qui disent que lorsqu’un projet est d’intérêt public les gens sont expropriés.

N.P - Cela veut dire que la souveraineté alimentaire est menacée ?

M.R - Exactement.

N.P - Par rapport au pays investisseur ? La Corée du Sud, en l’occurrence.

M.R - Alors, dans notre cas à Madagascar, nous sommes conscients que certains pays comme la Corée du Sud n’ont pas suffisamment de terres. Mais le problème, c’est que le mode d’attribution des terrains par les gouvernements malgaches, par les dirigeants malgaches, est fait au détriment des populations malgaches et au détriment de la souveraineté alimentaire des Malgaches. Donc la recherche de la justice sociale dans le cadre de ce thème-là est vraiment un réel problème.

N.P – Un problème d’environnement également ?

M.R - Il y a également un problème d’environnement puisque, pour la réalisation des projets des investisseurs, les dirigeants et les responsables ne tiennent pas compte du tout de la protection de l’environnement et cela cause beaucoup de soucis, surtout aussi bien au niveau de l’eau que des autres aspects des ressources naturelles.

N.P - Alors, rapidement, demain les résultats provisoires officiels seront proclamés. Qu’est-ce que vous avez envie de dire au vainqueur ?

M.R - Ce que j’ai envie de dire au vainqueur ? S’il vous plait, arrêtez de mépriser les Malgaches et leurs terres et arrêtez d’inviter les investisseurs étrangers à venir occuper les terres malgaches. Les terres malgaches, les Malgaches en ont besoin aussi bien pour leur alimentation que pour leur développement puisque c’est leur principal facteur de production, le principal moyen de production des Malgaches qui sont en majorité des paysans.

N.P - Mamy Rakotondrainibe, merci. Je rappelle que vous êtes présidente du Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY.

M.R - C’est moi qui vous remercie.


Références :

(*) https://www.youtube.com/watch ?v=-hX...

(**) Traduction libre d’extraits du débat télévisé du 16 décembre 2018 : https://www.koolsaina.com/video-en-...

(1) La dernière phrase de l’article premier de la constitution de 2010 en vigueur actuellement est ’Les modalités et les conditions relatives à la vente de terrain et au bail emphytéotique au profit des étrangers sont déterminées par la loi’

(2) https://www.agenceecofin.com/politi...


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