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10 février 2014
Admin

Newsletter n° 30

Mesdames et Messieurs,
Chers amis.

Avec un retard dont nous vous prions de nous excuser, nous vous adressons nos sincères et meilleurs vœux pour la nouvelle année 2014.

Veuillez trouver ci-dessous
- un nouveau communiqué sur « 2014, année de l’Agriculture Familiale » dont une première diffusion a été réalisée le 31 janvier dernier.

- ainsi que le lien vers un article du Collectif TANY publié par le site Grotius International intitulé « Accaparement des terres à Madagascar : la pression des investisseurs continue … » :
http://www.grotius.fr/accaparement-de-terre-a-madagascar-la-pression-des-investisseurs-continue/

Recevez, Mesdames et Messieurs, nos salutations cordiales
Le Collectif TANY

2014, Année de l’Agriculture Familiale

Le Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY – vous présente ses vœux les meilleurs pour l’année 2014.
Depuis 2008, l’effet cumulé des crises alimentaire, financière et énergétique ainsi que le changement climatique font des terres le refuge principal des investissements dans le monde : des états, des sociétés spécialisées dans d’autres secteurs que le foncier, des banques, des fonds financiers divers se sont rués sur les terres et investissent dans l’agriculture, certains pour cultiver des agro-carburants ou des arbres, d’autres pour exploiter les minerais ou construire des complexes touristiques ; certains encore ne réalisant aucune activité particulière mais cherchant uniquement à spéculer, achètent de vastes surfaces à un prix relativement bas pour tirer des bénéfices consistants en les revendant beaucoup plus cher ensuite car le prix des terres augmente face à la demande (1). L’explosion démographique dans le monde amène par ailleurs les experts dans différentes disciplines à réfléchir ensemble aux moyens à mettre en œuvre pour nourrir les 9 milliards d’habitants du monde en 2050 en évitant une généralisation de la famine dont certaines zones de la planète souffrent déjà.(2)

C’est dans ce contexte et dans le cadre de ses réflexions que l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies a déclaré l’année « 2014, année de l’agriculture familiale ». Et nombreuses sont les initiatives qui rivalisent pour profiter de cette opportunité pour rappeler le rôle crucial de l’agriculture et des paysans pour la sécurité alimentaire et pour le développement économique. (3)

La plupart des investisseurs nouveaux venus sur les terres sont en effet des entreprises qui pratiquent l’agro-industrie, souvent mécanisée, sur de vastes surfaces, utilisent peu de main d’œuvre et gèrent l’agriculture en termes de rentabilité et profit maximum, le plus souvent aux dépens de l’environnement et des communautés locales qui vivaient sur les terres ainsi accaparées. L’expansion de cette agro-industrie dans le monde a lésé l’agriculture familiale. Des chercheurs et des organisations paysannes ont constaté que la majorité des pauvres actuels sont les paysans agriculteurs, éleveurs et pêcheurs qui réussissaient à assurer la production alimentaire nécessaire à la nation auparavant.(4) Même dans des pays où les populations rurales qui vivent essentiellement de la terre et des ressources naturelles ne constituent pas la majorité des habitants, la nécessité de la promotion de l’agriculture paysanne familiale s’est imposée.

L’expérience a prouvé que les projets d’agro-industrie provoquent souvent l’expulsion des paysans de leurs terres, avec ou sans compensation. Les entreprises promettent aux Etats et aux populations impactées des infrastructures qui ne compensent pas les conséquences négatives de la perte de terres, même quand les promesses sont tenues. Ces projets proposent des emplois très souvent précaires - car la plupart du temps saisonniers ou journaliers -, et aggravent ainsi le chômage dans les zones rurales. En 2011, plusieurs spécialistes ont alerté sur le fait que l’éviction croissante des populations rurales de leurs terres constitue une bombe à retardement car les millions de jeunes qui auraient dû travailler dans l’agriculture avec leurs familles vont se retrouver dans les prochaines années sans emploi et sans ressources car les pays dits en développement, notamment, ne disposent pas de suffisamment d’industries ou de services dans les villes pour les employer.(5)

Par ailleurs, même quand elles se consacrent aux cultures vivrières, les sociétés pratiquent souvent une monoculture destinée à l’exportation. Les récoltes ne sont donc pas destinées au marché national, ce qui fait craindre le pire pour la disponibilité et pour les prix des denrées alimentaires et met en danger la survie des populations locales.

Conformément à l’objet de sa création, le Collectif TANY continuera à revendiquer que les droits des paysans sur leurs terres soient reconnus. Le Collectif contribuera à la défense et à la promotion des petites et moyennes exploitations dont les ménages ruraux constituent la force de travail et contrôlent les outils de production. Une grande partie des récoltes est consommée par la famille pour sa subsistance et la dispensera de subir les alea des prix des produits du marché international. Ce type d’agriculture permet aux travailleurs de participer aux prises de décisions, aussi bien sur les cultures à réaliser et sur le mode d’organisation du travail, que sur la répartition de la récolte entre les producteurs et entre la consommation ou la vente.

L’agriculture familiale, encore relativement répandue à Madagascar, rencontre différents problèmes actuellement. Parmi les principales raisons invoquées figurent la pression démographique qui a réduit la surface disponible pour chaque famille à la suite des lotissements entre les différents héritiers, l’insuffisance des intrants et des moyens de production, la dégradation des sols, l’ensablement des champs et rizières, l’insuffisance d’eau liée au climat ou à la destruction des systèmes d’irrigation, l’insécurité dans les campagnes, le mauvais état des infrastructures routières qui défavorisent la commercialisation, les méthodes de culture qui n’ont pas beaucoup évolué et maintiennent les rendements à un niveau peu motivant, les cataclysmes naturels depuis les inondations et autres effets du changement climatique aux invasions acridiennes. Les conséquences de la priorité accordée aux dirigeants du pays à l’agro-industrie ne sont pas négligeables même si elles sont souvent omises. L’insécurité foncière et l’insécurité dans ses différents aspects découragent les paysans et les amènent à être tentés de rechercher d’autres activités génératrices de revenus principales.

A Madagascar où l’agriculture est encore un secteur clé de l’économie, les décideurs devraient étudier le problème sur de nouvelles bases étant donné la situation difficile des paysans. Laisser les exploitations familiales affronter seules la concurrence avec l’agro-industrie revient à faire le choix de les laisser perdre et de disparaître à terme dans le combat du pot de terre contre le pot de fer. Face aux incertitudes et risques liés à la production agricole, les Etats, même dits développés, subventionnent leurs agriculteurs, par exemple. Le suivi attentif de la mise en œuvre et des impacts réels de toutes les décisions et mesures prises sera primordial.

Les terres sont devenues une valeur inestimable à l’époque actuelle et pour l’avenir. Gardons-les jalousement et ne les bradons pas, car il s’agit d’un capital à valoriser et non pas à céder.

Dans les multiples projets agricoles en cours et à venir, demandons aux pouvoirs publics

• de négocier les contrats et conventions de telle sorte que les paysans malgaches gardent leur accès à la terre en gagnant des revenus décents de leur travail,

• et de s’engager davantage dans l’appui au développement des populations rurales, au lieu de s’appuyer principalement - voire uniquement - sur les investissements privés, souvent étrangers, pour la solution et la gestion des problèmes agricoles.

Après le désengagement de l’Etat des années 1990 et l’orientation des politiques publiques axée sur l’agro-industrie à partir de 2007, profitons de la mobilisation mondiale en faveur de l’agriculture familiale et de la mise en place d’une nouvelle équipe au pouvoir à Madagascar pour mettre en valeur les paysans malgaches et mieux réfléchir, en concertation avec la majorité de ceux-ci, à des politiques publiques coordonnées et cohérentes dans les différents secteurs pour appuyer davantage l’agriculture familiale.
Grâce à un renforcement des compétences des petits et moyens exploitants accompagné d’un appui à la diffusion de pratiques innovantes déjà existantes en matière d’agro-écologie et d’agriculture biologique, faisons des paysans malgaches, qui constituent la majorité de la population de Madagascar, des professionnels fiers de leur terroir, de leur travail et de leurs cultures et adoptons une vision d’un Madagascar capable de nourrir sa population avec les productions agricoles saines de ses paysans d’abord, puis un exportateur de denrées alimentaires dans le monde ensuite. (6)

Paris, le 31 janvier 2014

Le Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY
patrimoinemalgache@gmail.com
http://terresmalgaches.info
http://www.facebook.com/TANYterresmalgaches

REFERENCES :

(1) - http://viacampesina.org/downloads/pdf/fr/accapGRAIN-dec2011.pdf
- http://www.grain.org/fr/article/entries/4565-accaparement-des-terres-et-souverainete-alimentaire-en-afrique-de-l-ouest-et-du-centre

(2) S. Paillard, S. Treyer, B. Dorin, Agrimonde. Scenarios et défis pour nourrir le monde en 2050, Editions Quae, 2010 :
http://www.mtaterre.fr/dossier-mois/archives/chap/806/Des-solutions-durables-pour-l-agriculture-

(3) - 2014, Année internationale de l’agriculture familiale : http://www.familyfarming.ch/fr/annee-internationale/a-l-international

- Alimenterre, 2014, Année Internationale de l’Agriculture Familiale – AIAF : http://www.alimenterre.org/breve/2014-annee-internationale-l%C2%B4agriculture-familiale-aiaf

- SOS Faim, 2014, opportunité unique pour encourager l’agriculture familiale : http://www.sosfaim.org/developpement-rural-fr-sosfaim-actu-2014_annee_internationale_agriculture_familiale.htm

- FAO, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde, 2012 : http://www.fao.org/docrep/016/i3027e/i3027e00.htm
- http://www.agter.asso.fr/IMG/pdf/deve_agter_2013_faim-dans-monde_chiffres_fao-2012.pdf

(4) - H. Mazoyer, Protéger la paysannerie pauvre dans le monde dans un contexte de mondialisation, Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, FAO, 2001 et http://www.agter.asso.fr/article47_fr.html

- IEW, 2014, année de l’agriculture familiale : http://www.iewonline.be/spip.php?article6158

(5) - Banque Mondiale, Rapport sur le développement dans le monde 2013 : Emplois :
http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2012/10/01/jobs-cornerstone-development-says-world-development-report
- H. Rouillé d’Orfeuil, L’emploi agricole, un défi historique : http://www.agter.asso.fr/article903_fr.html et http://video-streaming.orange.fr/actu-politique/l-emploi-agricole-un-defi-historique_17781681.html,2013

- B. Losch, S. Fréguin-Gresh, E.T. White, Transformations rurales et développement - Les défis du changement structurel dans un monde globalisé, Série L’Afrique en développement, Coédition AFD-Banque mondiale, 2011 et
http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/COUNTRIES/AFRICAEXT/0,,contentMDK:21079721 pagePK:146736 piPK:146830 theSitePK:258644,00.html

(6) - http://avsf-agroecologie.org/
- http://www.agter.asso.fr/article945_fr.html